La Prière, une Transcendance
La prière, comme Ghazali l'a décrite, est « le pilier - rukn - central de l'islam, un chemin sûr menant à la certitude - yaqîn -, la meilleure des offrandes - qurubât - pour Dieu, l'expression de l'adoration par excellence. » C'est pour tout cela que l'islam lui a consacré une place de choix parmi les cinq piliers. Ainsi, le Coran nous exhorte-t-il sans cesse à observer la prière :
« Accomplissez la prière et acquittez la zakât »
Coran 2/110
« Soyez assidus aux prières, surtout la prière médiane;
et tenez-vous debout devant Dieu, avec humilité [... ] »
Coran 2/238
La prière (salât) est l'acte d'adoration le plus complet. Elle englobe plusieurs formes d'adoration :
1- La remémoration et le rappel de Dieu (dhikr) : en effet, le croyant, pendant toute la prière, se remémore et se rappelle le Nom de son Seigneur en évoquant Sa Gloire pendant l'inclinaison (ruku') en disant: subhâna rabbî al'adhîm, et Sa Grandeur pendant la prosternation (sujûd), en disant : subhâna rabbî al-a Ilâ.
2 - La récitation du Coran, qui est une adoration en elle-même, est observée au début de chaque unité de prière (rak'at).
3 - La soumission corporelle devant le Majestueux, par l'inclinaison et la prosternation, signes extérieurs les plus évidents de la soumission.
4 - L'invocation et la demande (du'â), qui se font pendant les prosternations.
5 - La présence du coeur (hudhur al-qalb) au moment de la prière, qui est une adoration intérieure très importante car, sans elle, la prière est vaine.
Toute religion véritable a prescrit la prière comme moyen de contact avec l'Éternel. En islam, après la profession de foi, la prière est la pierre angulaire de la religion. C'est un moyen de recueillement et de communication avec le Tout-Puissant. De tous les commandements transmis à notre Prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui - (en général par l'intermédiaire de l'Archange Gabriel), la prière est la seule adoration prescrite directement au Messager sans intermédiaire, lors de son ascension au-delà des sept cieux, confirmant ainsi son importance. Mais avant d'aller plus loin dans notre développement sur cet acte d'adoration fondamental, il conviendrait de dire quelques mots sur la purification, prélude nécessaire à la validité de la prière.
La Purification
Après la clef de voûte qui soutient l'édifice qui est l'attestation de foi (shahâda), et avant la prière, vient la première obligation que doit accomplir le croyant : la purification (tahâra). Elle consiste à purifier le corps des impuretés (hadath) et de la souillure (khabath).
La purification est de deux sortes, extérieure et intérieure. Ainsi, pour faire la prière, il faut purifier le corps, et pour arriver à la Proximité et à la connaissance (ma'rifa), il faut purifier le coeur. De même, pour la prière, l'eau doit être propre et pour arriver à la Proximité, la foi en l'Unicité doit être pure et la croyance inaltérée.
La purification, comme l'a expliqué l'imam Ghazâlî, est de quatre degrés : « le premier est la purification extérieure de la saleté et de toute pollution et souillure ; le second degré est la purification des membres de tout péché ; le troisième degré est la purification du coeur de tout caractère banni et sentiment bas ; Le quatrième degré est la purification du tréfonds (sirr) de l'âme de toute chose autre que Dieu : c'est le degré de purification des Prophètes et des siddiqin (ceux qui possèdent le plus haut degré de sainteté après la prophétie). »
Le Prophète - que la Paix et le salut soient sur lui - nous dit dans un hadîth : « La purification est la moitié de la foi. » rapporté par Mouslim. Ce hadîth ne prend sa véritable ampleur que dans la mesure où la purification englobe l'intérieur de l'homme car la purification extérieure (les ablutions) à elle seule, ne peut remplir le sens d'une adoration considérée comme la moitié de la foi.
Le but ultime du cheminement intérieur est de voir la Grandeur et la Majesté divine dans toute chose. Cette connaissance ne peut prendre place dans le tréfonds du coeur que s'il est purifié de tout autre que Dieu. Le Prophète - que la Paix et le salut soient sur lui disait :
« Dieu - Exalté soit-Il - est pur et n'accepte que ce qui est pur. »
Deux amours ne peuvent cohabiter dans un même coeur :
« Dieu n'a pas placé deux coeurs dans la poitrine de l'Homme »
Coran 33/4
En ce qui concerne l'acte du coeur, le but est de l'emplir d'une croyance pure et de caractères nobles. Mais sans se purifier de leurs opposés, on ne peut les acquérir. Donc, la purification est la moitié du travail à accomplir sur son coeur, et reste la condition nécessaire pour acquérir la seconde moitié. De ce point de vue, la purification (tahâra) est la moitié de la foi.
Aussi, la purification des membres est la première moitié et la condition pour la seconde qui est de les occuper par les actes d'obéissance (tâ'a). Ce sont là les stations de la foi. Chaque station comporte des degrés, et on ne peut arriver au degré supérieur sans épuiser le précédent. On ne peut arriver à purifier le tréfonds du coeur (sirr) sans purifier le coeur et l'emplir du caractère noble et d'une pure croyance, et ceci n'est possible sans purifier les membres d'actes blâmables et les remplacer par des actes nobles et louables. C'est un effort spirituel (muj'âhada) perpétuel qui ne s'arrête qu'à la mort.
« [...] Dieu aime ceux qui se repentent sans cesse, et aime ceux qui se purifient. »
Coran 2/222
Ce qui lie admirablement la purification extérieure et intérieure, c'est le repentir (tawba). C'est pourquoi le Prophète - que la Paix et le salut soient sur lui - disait cette invocation après ses ablutions :
« Seigneur Dieu ! Inscris-moi parmi ceux qui ne cessent de se repentir
et parmi ceux qui ne cessent de se purifier. »
La purification extérieure et intérieure sont indissociables : lorsqu'un homme lave ses mains des impuretés, il doit aussi les purifier du toucher de tout ce que Dieu n'aime pas et purifier son coeur de l'attachement à l'éphémère. Quand il lave sa bouche, il doit la purifier de toute mention et supplication d'un autre que Lui. Et quand il lave son visage, il doit le purifier de son orientation vers autre que Lui pour ne chercher que Sa Face dans tout acte. Quand il essuie sa tête, il doit s'abandonner avec confiance à Dieu (tawakkul). Quand il lave ses pieds, il ne doit pas faire un pas, ou avoir l'intention de prendre une décision, excepté sur l'ordre de son Seigneur. Ainsi, sera-t-il doublement purifié.
Dans toutes les obligations religieuses, l'extérieur se combine avec l'intérieur. Par exemple, dans la foi, l'attestation de foi par la langue ne peut être validée sans la croyance du coeur. La méthode de la purification spirituelle consiste surtout à réfléchir et à méditer sur ce monde et, à percevoir qu'il est futile et éphémère, et à veiller à ce qu'il n'accapare pas notre coeur. Ce résultat ne peut être acquis sans effort spirituel (mujâhada), sans ascèse (zuhd), sans négation de l'égo (nafs), et ceci en se conformant aux règles et aux obligations extérieures de la discipline religieuse (âdâb adh-dhâhir), assidûment et en toutes circonstances. Les mystiques accordaient la plus grande importance à la question de la purification de par les enseignements du Prophète - que la Paix et le salut soient sur lui - dans ce domaine:
« Les gens de ma communauté seront appelés le jour de la résurrection tandis que leurs membres seront illuminés par l'effet des ablutions. Que celui d'entre vous qui peut étendre la blancheur de son visage qu'il le fasse. » rapporté par Mouslim.
Dans un autre hadîth :
« Le croyant aura (le jour de la Résurrection) une parure qui atteindra les limites de ses membres où est arrivée l'eau de ses ablutions. » rapporté par ibid.
'Uthmân ibn 'Affân - qu'Allah l'agrée - a dit: « J'ai vu le Messager - que la Paix et le salut soient sur lui - faire ses ablutions comme je suis en train de le faire, puis il a dit:
"Celui qui a fait ainsi ses ablutions se voit absout de tous ses péchés passés tandis que sa prière et sa marche vers la mosquée lui procurent un surplus de récompense.»
Et dans un autre hadîth :
« Voulez-vous que Je vous indique l'oeuvre par laquelle Dieu efface les péchés et élève les degrés ? » Ils dirent: « Nous voulons bien, ô Messager de Dieu ! » Il dit: « parfaire ses ablutions malgré les désagréments (le froid et autres), multiplier les pas vers les mosquées et y attendre, après chaque prière accomplie, la suivante. Voilà ce qu'on appelle se consacrer entièrement à Dieu. » rapporté par Ibid.
La purification est une clé qui ouvre les huit portes du Paradis :
« Toutes les fois que l'un de vous fait ses ablutions avec le plus grand soin, puis dit: "J'atteste qu'il n'est de divinité que Dieu, Seul sans associé, et j'atteste que Muhammad est Son Serviteur et Son Messager ", aussitôt les huit portes du Paradis lui sont ouvertes et il y entre par celle qu'il veut. » rapporté par ibid.
Thirmidhi complète ce hadîth en ajoutant cette invocation :
« Seigneur Dieu ! Inscris-moi parmi ceux qui ne cessent de se repentir
et parmi ceux qui ne cessent de se purifier. »
Les sheikhs donnaient une importance capitale à la purification et aux ablutions à tel point que se sentant mourant, Sufyân Thawiî se purifia soixante fois pour une seule prière, en disant: « Au moins je serai propre quand je quitterai ce monde. » Quand Chiblî était mourant, il ne pouvait plus faire ses ablutions lui-même, il fit signe à l'un de ses disciples pour qu'il le purifie. Ce dernier le fit, mais oublia de lui laver la barbe. Chiblî était incapable de parler. Il prit la main du disciple et la dirigea vers sa barbe, sur quoi le rite fut dûment accompli. Et l'on rapporte qu'il disait: « Chaque fois que j'ai négligé une règle de purification, une vanité est née dans mon coeur. »
Les sheikhs mystiques ont pleinement étudié la véritable signification de la purification, et ils ont ordonné à leurs disciples de ne pas cesser de se purifier, tant extérieurement qu'intérieurement. Ainsi, celui qui veut servir le Très-Haut doit se purifier extérieurement avec de l'eau, et celui qui veut vivre dans la Proximité de Dieu doit se purifîer extérieurement par l'eau et intérieurement par le repentir (tawba).
la Spiritualité Musulmane
- Les Actes d'Adoration -
Les Buts de la Prière
La prière est le rendez-vous sacré dans lequel tout croyant doit chercher à communiquer avec son Créateur et s'abandonner à Lui : « Si tu veux que Dieu te parle, lis le Coran, et si tu veux converser avec Lui, fais une prière » disait un mystique. On a demandé au Prophète quelle était la meilleure œuvre. Il a répondu : « Les prières à l'heure. » Elle est l'attribut primordial des croyants sincères :
« [... ] Et ceux qui observent assidûment leurs prières. »
(Sourate 23, verset 9)
Elle est la lumière qui guide le croyant au milieu des ténèbres et son bouclier contre toute tentation et tout péché :
« [... ] En vérité, la prière préserve de la turpitude et du blâmable. »
(Sourate 29, verset 45)
Après une prière, une autre prière est en vue, et ceci, pendan t toute la journée. Cela accroît chez le croyant une conscience de la Présence divine (murâqabatullah), ce qui le préserve de la turpitude. Elle est le moyen le plus efficace pour se faire pardonner ses péchés. En effet , le recueillement et le rappel suscités par la prière doivent obligatoirement remettre le croyant en cause et le placer devant ses responsabilités pour pouvoir implorer la miséricorde divine et demander le pardon.
Abû Hurayra a dit:
« J'ai entendu le Messager de Dieu dire: "Que pensez-vous si l'un de vous avait devant sa porte une rivière où il se laverait cinq fois par jour, lui resterait-il quelque chose de sa saleté ?" Ils dirent: "Il ne lui resterait rien"
Il dit : "Tel est l'impact des cinq prières quotidiennes par lesquelles Dieu efface les péchés. " »
Quand Satan vient nous obscurcir le droit chemin, le Miséricordieux nous éclaire par Sa lumière et nous sauve d'une perte certaine, c'est le sens du verset que le croyant répète dix-sept fois par jour - dans la sourate El-Fatiha (l'ouverture) - durant ses cinq prières quotidiennes :
« C’est Toi (Seul) que nous adorons, et c'est de Toi (Seul) dont nous implorons l'aide.
Guide-nous dans le droit chemin. »
(Sourate 1, verset 5-6)
C'est le sens du hadîth suivant: « Les cinq prières (quotidiennes) et la prière du vendredi jusqu'à la suivante effacent les péchés commis entre elles tant que l'on n'en a pas commis de plus grands. »
Et dans un autre verset du Coran :
« Et accomplis la prière aux deux extrémités du jour et à quelques heures de la nuit.
Les bonnes actions effacent les mauvaises [... ] »
(Sourate 11, verset 114)
La prière met en évidence la soumission de l'homme à son Créateur . C'est, d'ailleurs, le sens du mot islam qui veut dire soumission, dont a besoin tout être humain pour parfaire son humanité. Faire la prière à cinq moments différents de la journée n'est pas vain. En effet, cette prescription étalée sur le jour et la nuit est symbolique pour plusieurs raisons :
La première : le fait d'étaler sa périodicité sur le jour et la nuit permet une remise en cause constante et une régularité dans ses rapports avec Dieu.
La deuxième : comme on l'a expliqué précédemment, la prière est un recueillement auprès de l’Eternel, ce qui permet, à chaque occasion, de se ressourcer e n communiquant avec Lui. C'est pour cela que le Messager de Dieu quand l'heure de la prière arrivait, disait à Bilâl : « Réconforte-nous par la prière, ô Bilâl ! »
La troisième : le seul lien possible entre notre matérialité et Sa Transcendance est le rappel et la remémoration (dhikr). Ce rappel nous est constamment recommandé par le Coran, soit pour mériter que le Miséricordieux pense à nous:
« Pensez à Moi et je penserai à vous [...] » (Coran 2/152) soit pour avoir la paix de l'âme et l'harmonie du coeur : « N'est ce point par le rappel de Dieu que les coeurs s'apaisent ? » (Sourate 13, verset 28); soit, enfin, pour éloigner la tentation du Diable.
Dieu nous exhorte à nous souvenir de Lui à tout moment . Cet attachement du croyant à son Créateur est sa meilleure consolation devant les dures réalités de ce monde et c'est, en même temps, sa plus grande garantie de salut éternel. Cette pensée de tous les moments est concrétisée par cette obligation de base bien codifiée qu'est la prière.
La quatrième : répéter le rite de la prière, c'est aussi un moyen d'exprimer notre reconnaissance à l'égard de Celui à qui nous devons tout et qui ne nous doit rien. Dans un hadîth qudsî:
« Moi (Dieu), les jinns et les hommes sommes dans une situation extraordinaire. Je crée et on adore autre que Moi. Je subsiste aux besoins, et on remercie autre que Moi. Mes bienfaits, pour eux, descendent, et leur ingratitude à Mon égard monte vers Moi. Je suscite leur amour avec mes biens alors que Je n'ai pas besoin d'eux, et ils suscitent Ma colère avec leurs péchés alors qu'ils ne peuvent se passer de Moi [...] »
L'adoration est la manifestation de la reconnaissance , le but suprême est d'aimer et susciter l'amour du Tout-Puissant. Tout ce qui émane de Dieu est signe et interpellation à Son amour. Le musulman n'a pas besoin de miracles dans sa vie pour aimer Dieu. Se trouvant comblé de Ses bienfaits perceptibles et imperceptibles, il se trouve dans l'obligation morale de louer Dieu (al-hamd) et de ne cesser de l'invoquer. Lorsque l'amour de quelqu'un nous envahit, on ne cesse d'invoquer son nom. Dieu ne mérite-t-Il pas d'être aimé ?
« [...] Or, les croyants sont les plus ardents dans l'amour de Dieu [...] »
(Sourate 2, verset 165)
Le minimum de reconnaissance est cette inclinaison dans la prière , cinq fois par jour, qui symbolise avec excellence le geste de la gratitude que l'on doit envers notre Seigneur:
« Et si vous comptez les bienfaits de Dieu, vous ne saurez les dénombrer.
Dieu est Pardonneur et Miséricordieux. »
(Sourate 16, verset 18)
Ainsi, « la prière rythme le quotidien du musulman. Cinq fois par jour , celui-ci se retire des affaires de ce bas-monde pour épouser la direction (qibla) et puiser sa force spirituelle dans le souvenir de Dieu. » Mais avant de parler de la symbolique intérieur et profonde de la prière, il nous faut parler de la Sourate Al-Fatiha récitée lors de chaque unité de prière ( Rak'at ).
A l- F âtiha, dialoguer avec la T ranscendance
Étymologiquement, le mot fâtiha veut dire « ouverture » ; c'est la sourate par laquelle débute le Coran. Elle est appelée par le Prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui - « la mère du Coran » , en ce sens qu'elle résume le message coranique. En effet, Dieu , dans le Coran, parle de cette sourate en terme de don fait au Prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui - et en terme de « Coran sublime » qui englobe le sens général de tout le message :
« Nous t'avons, certes, donné "les sept versets que l'on répète",
ainsi que le Coran sublime. »
Coran 15/87
Râfi' ibn al-Mu'allâ - qu'Allah l'agrée - rapporte: « Le Prophète m'a dit:
"Veux-tu que Je t'apprenne le plus grand chapitre du Coran avant que tu ne sortes de la mosquée ?" Il me prit par la main et lorsque nous étions sur le point de sortir, je lui dis : "Ô Messager de Dieu ! Tu m'as dis que tu pouvais m'enseigner le plus grand chapitre du Coran" Il dit: "Il s'agit de la première sourate "louange à Dieu, Seigneur des mondes. " C'est, en effet, "les sept versets répétés et le Coran sublime" que Dieu m'a donnés. » rapporté par Bukhâri
Elle porte le nom des « sept versets répétés » car ses sept versets sont lus dix-sept fois par jour durant les cinq prières quotidiennes. Et ceci pour se rappeler leur sens global et en imprégner Son coeur. Elle résume si bien le Coran que Dieu l'a prescrite dans chaque unité de prière.
Une sourate aussi importante, au centre de l'adoration la plus représentative du culte musulman doit avoir certainement un sens profond. En effet, l'imam Ghazâlî, dans le commentaire de cette sourate, dit:
« Quand tu dis: Au Nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux - Bismi All a hi a l rra h m a ni a l rra h eem i - , sache que toute chose est par Dieu Exalté soit-Il -, et que le but est Dieu. Et si les choses sont par Lui et de Lui, alors, Louange à Dieu, Seigneur des mondes - Al h amdu lill a hi rabbi alAA a lameen a - est obligatoire et coule de source dans le second verset, car c'est de Lui que les bienfaits nous arrivent et nous comblent. Quand tu dis : Le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux - A l rra h m a ni a l rra h eem i - , rappelle-toi qu'on ne peut L'adorer ni Le connaitre sans Sa Grâce, afin que l'espérance (Rajâ') naisse dans ton coeur. Glorifîe-Le, crains-Le en disant: Maître du Jour de la rétribution - M a liki yawmi a l ddeen i - . Le glorifier parce qu'il n'existe pas de royaume à part le Sien et Le craindre pour la difficulté du jour de la rétribution qu'Il détient. Renouvelle ta sincérité en disant: C'est Toi Seul que nous adorons - Iyy a ka naAAbudu - , renouvelle ton impuissance ('ajz) et ton besoin (faqr), en disant: et c'est Toi (Seul) dont nous implorons secours - wa-iyy a ka nastaAAeen u - . Et aie la certitude que ton adoration pour Lui n'aurait jamais lieu sans Sa grâce et sans Son aide, et c'est à Lui que revient le mérite puisqu'Il t'a facilité la tâche et t'a choisi pour Son service et Son adoration. Et quand tu as fini de Le louer et de Le glorifier en montrant ton impuissance, ton besoin de Son aide, demande-Lui ce qui est le plus important pour toi : Guide-nous dans le droit chemin - Ihdin a a l ss ir at a almustaqeem a - , détaille encore en disant : le chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs - S ir at a alla th eena anAAamta AAalayhim - , parmi les Prophètes, les véridiques (siddîqîn), les martyrs et les saints, et non pas de ceux qui ont encouru Ta colère ni des égarés - ghayri almagh d oobi AAalayhim wal a a l dda lleen a - , parmi les mécréants et les égarés, et espère la réponse de Dieu en disant: Amîn. »
Si tu la récites ainsi, tu es parmi ceux avec qui Dieu partage la Fâtiha comme l'explicite le hadîth du Prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui - qui dit :
« [...] Quand le serviteur dit: "Louange à Dieu, Seigneur des mondes", Dieu dit: "Mon serviteur M'a loué". et quand le serviteur dit: "Le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux", Dieu dit: "Mon serviteur M'exalte " ' et quand le serviteur dit : "Maître du jour de la Rétribution ", Dieu dit: "Mon serviteur Me glorifie ", et quand le serviteur dit : "C'est Toi (Seul) que nous adorons et c'est Toi (Seul) dont nous implorons secours", Dieu dit: "Ceci est entre Moi et Mon serviteur, et à Mon serviteur ce qu'il demande. " »
Vivre dans le souvenir
La prière (salât) est prescrite dans l'unique but de se rappeler Dieu et, de ce fait, elle nécessite un minimum de concentration (al-khuchû')
« Certes, c'est Moi Dieu point dë divinité que Moi.
Adore-Moi donc et accomplis la salât pour te souvenir de Moi. »
Coran 20/14
Un coeur distrait ne peut véritablement se souvenir de son Seigneur, même en pleine prière. Une prière faite sans concentration perd son âme dans le sens où son objet n'est pas réalisé. Une telle prière ne peut préserver de la turpitude et de l'égarement, le Prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui - disait: « Combien de personnes debout qui n'ont de leurs prières que la fatigue et la lassitude. »
Il ne suffit pas de faire des gestes et de psalmodier des textes pour qu'une prière réalise sa raison d'être, le rappel de Dieu (dhikru-llah). Mais c'est surtout le fait d'être présent d'esprit et d'intérioriser une gestuelle prescrite en premier abord pour limiter toute distraction susceptible de détourner le croyant et de voiler son coeur pour pouvoir se recueillir , se rappeler , louer , glorifier et demander . À partir de là, le serviteur dans sa prière ne bénéficie que de ce qu'il a bien réfléchi et intériorisé. Un hadîth le confirme : « Le serviteur n'a de sa prière que ce qu'il en a réfléchi. » rapporté par Daylami.
C'est, somme toute, une conversation intime entre le croyant et son Créateur: « Celui qui fait la prière parle intimement à son Seigneur » Hadith unanimement reconnu authentique. Et une conversation intime ne peut se faire dans la distraction et l'insouciance (ghafla) quand le confident et Dieu. Ghazâlî dit: « Il n'y a aucun doute que le but de la lecture du Coran, dans la prière, et le rappel sont les louanges (hamd), la glorification (at-ta'dhîm), le recueillement et la demande (du'â). Et puisque le confident est le Majestueux, le coeur ne doit pas être voilé par l'insouciance au point de ne pas Le ressentir. »
La prière signifie la remémoration et la soumission que Dieu a ordonné d'accomplir en cinq moments différents de la journée, et qui implique, pour qu'elle réalise son objet, des conditions préalables. À savoir:
la purification extérieure (celle du corps) de la saleté, et intérieure (celle du coeur) de tous les désirs bas.
que le vêtement extérieur soit propre et que le vêtement intérieur (l'âme) ne soit souillé par quoi que ce soit d'illicite.
que l'endroit soit extérieurement propre et intérieurement dépourvu de corruption et de péché.
se tourner vers la qibla ; la qibla extérieure étant la Ka'ba, et la qibla intérieure étant la Face de Dieu (wajhu-llah). Ce qu'atteste le hadîth suivant: « Dieu vient vers le prieur tant que ce dernier ne détourne pas son visage. » rapporté par Abou Daoud, Nissa'i et Al Hakim.
l'intention sincère de s'approcher de Dieu.
dire Allah-akbar: c'est la déclaration de s'adonner et s'abandonner totalement à Celui qui est le plus Grand, le plus important, notre raison d'exister. Un homme racontait: " Je priais derrière Dhûl-Nûn l'Egyptien quand il commença à prononcer le takbîr. Il dit: Allah-akbar, et tomba évanoui comme un corps sans vie. »
Après ces préalables, il faut se tenir dans le contact permanent et la communication avec Dieu, réciter le Coran distinctement et respectueusement en le psalmodiant, se tenir debout dans l'humilité, se courber en saluant le Majestueux, puis se prosterner en posant la tête, la partie la plus noble du corps qui contient la raison, au plus bas devant Son Créateur et Son Seigneur, puis prononcer le Nom Divin avec concentration et saluer avec recueillement. Il est rapporté dans la tradition que lorsque le Prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui - priait, on entendait dans sa poitrine un bruit qui ressemble à celui de l'eau qui boue. Et quand 'Ali ibn Abî Tâlib était sur le point de prier, ses cheveux se dressaient, il tremblait et disait: « L'heure est venu de remplir un mandat que les cieux et la terre étaient incapables de porter » , celui de se mettre devant la Présence Divine.
'Asim ibn Yûsuf a demandé à Hâtim al-Assam « Comment fais-tu la prière? Il répondit: "Quand le moment arrive, je fais mes ablutions intérieures et extérieures, l'ablution extérieure avec l'eau et l'ablution intérieure avec le repentir. Je marche avec paix, j'entre à la mosquée avec bonne intention, j'imagine la Ka'ba devant moi, le Paradis à ma droite, l'Enfer à ma gauche et le pont de Sirât au dessous de mes pieds et le monde entier derrière moi. Alors, je dis le takbîr (Allah-akbar), proclame la Grandeur de Dieu et je lis en psalmodiant et en méditant avec crainte et révérence. Je m'incline avec humilité et je me prosterne en gémissant, je m'assieds avec sérénité et déférence, je salue avec gratitude (shukr) : je la remets avec sincérité (ikhlâs) et je crains qu'elle ne soit pas acceptée." Ibn Yûsuf répondit : "Je jure que tu fais bien ta prière."
« La prière est ce par quoi les novices (murîd) trouvent la voie vers Dieu, du commencement à la fin, et par laquelle leurs degrés et stations (maqâmât) sont atteintes. Ainsi, pour les novices, la purification (les ablutions) représente-t-elle le repentir (tawba), et se tenir debout (wuquj) en prière représente la négation de l'ego . La lecture du Coran représente la remémoration, le rappel (dhikr) ; l'inclinaison (rukû') représente l'humilité (dhull), la prosternation (sujûd) représente la connaissance de soi en tant que serviteur par rapport à Lui en tant que Seigneur ; la profession de foi représente la recherche de la Proximité (qurb) et la jouissance (uns) de la Présence Divine ; la salutation représente le détachement de ce monde et la liberté par rapport aux contraintes de la vie matérielle. » C'est pourquoi, le Prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui - avait l'habitude de dire à Bilâl : « Réconforte-nous par la prière, ô Bilâl ! » rapporté par Abu Daoud.
L'imam Ghazâlî dit: « Et si tu as purifié l'endroit qui est ton environnement et tes habits qui sont l'enveloppe extérieure de ton corps, n'oublie pas ton coeur qui est ton essence. Fais l'effort de le purifier par le repentir et le regret (nadam) de tout ce que tu as fait de mal, et aie la ferme volonté de ne plus y revenir, car ton coeur est le lieu du regard de ton Seigneur. En te préparant extérieurement, en cachant ton intimité et tes défauts au regard des créatures, il faut que tu saches que tu ne pourras jamais cacher tes péchés au regard de l'Éternel. Alors, cherche à les effacer en reconnaissant tes péchés avec humilité et regret et montre-toi dans le besoin (faqr) d'atteindre Sa miséricorde et Sa Clémence ; c'est la seule porte d'accès à la Proximité divine. Se diriger vers la qibla (Ka'ba) qui est extérieurement la seule direction recommandée et dont le sens profond est de se détourner de toute chose à part Dieu. Se tenir debout en prière se fait par la présence du corps et du coeur entre les mains de Dieu ; que ta tête, qui est le plus haut membre du corps, soit baissée pour comprendre que le coeur doit être plein de modestie et d'humilité . Et n'oublie pas, dans cette position, la gravité de l'instant où tu seras debout devant ton Seigneur pendant le jugement.
En ce qui concerne l'intention (niya), il faut commencer par la purifier en ayant le sentiment préalable de faire la prière pour obéir à ton Seigneur, et chasser tout ce qui l'altère, et sois sincère dans tout cela pour la Face de Dieu, en ayant l'espoir en Sa récompense et la crainte de Son châtiment et en cherchant Sa Proximité avec Son aide. Et, pendant la demande (du'â), garde-toi de toute impolitesse et de tout péché, ressens la Grandeur de Celui à qui tu adresses ta demande et choisis-en bien sa formulation et son objet. Et à ce moment-là, ton front devrait suer de timidité et de honte à cause de tes péchés, ce qui crée en toi humilité, crainte et révérence. »
Quand 'Ali ibn al-Hassan faisait ses ablutions, il devenait pâle et tremblant. On lui demanda pourquoi, il répondit: « Sais-tu devant qui vais-je me tenir debout ? »
Ces gestes apparents (dhâhlr) sont là pour faire effet sur l'intériorité de l'âme (bâtin). L'intention est l'acte intérieur le plus recherché par les mystiques, car un acte observé sans intention de le faire exclusivement pour Dieu, est rejeté ; c'est une sorte d'Unicité dans l'objectif et le dessein (al-qasd). Le Prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui - a dit : « Les actes n'ont de valeur que par leurs intentions. »
« Il ne leur a été commandé, cependant, que d'adorer Dieu, lui vouant un culte exclusif, d'accomplir la sâlat et d'acquiter la zakat. Et voilà la religion de la droiture. » Coran 98/5
Pour Dieu, l'intention sincère est de vouloir Sa proximité et de chercher Sa satisfaction (ridhâ) uniquement, c'est la sincérité dans l'acte (ikhlâs). Abû 'Uthmân al-Hayrî a dit: « La sincérité consiste à oublier le regard des créatures et avoir un regard constamment orienté vers le Créateur. »
Hudayfa al-Mur'ichî disait : « La sincérité consiste à ce que les actes restent les mêmes, et ce, que l'on soit seul ou en public. »
Le Takbîr, une transition et un renoncement
L'entrée dans la prière se fait par la formulation suivante : Allah-akbar, expression dont le sens veut dire que Dieu est le plus grand, Il est plus important que le monde et ses préoccupations matérielles, c'est le moment où l'on quitte tout pour Son Créateur. Ghazâlî, au sujet du takbîr, dit : « Quand ta langue le prétend, évite que ton coeur le démente en glorifiant tes désirs au lieu de Dieu. »
Après le takbîr, la prière commence par l'invocation de l'ouverture. « Quand tu dis dans cette invocation : "Je tourne ma face exclusivement vers Celui qui a créé les cieux et la terre ; et je ne suis point de ceux qui Lui donnent des associés" ; sache que le sens du mot face ici n'est pas le visage de chair, car ce dernier est dirigé vers la qibla, et Dieu ne peut être cerné dans une direction pour que le visage de chair se tourne vers Lui. Mais son véritable sens est que la face de ton coeur doit se tourner vers Celui qui a créé les cieux et la terre. »
La Récitation du Coran, à l'écoute de l'Eternel
« Et lis le Coran en le psalmodiant pour mieux méditer sur les versets. Et ne détourne ton regard ni à gauche ni à droite, le Prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui - disait: « Dieu ne se détourne pas de celui qui prie tant que celui-là ne se détourne pas de Lui. » rapporté par Abou Daoud, Nissa'i et Al Hakim.
Comme il faut garder le regard tourné vers la qibla, il faut de même, et surtout, éviter que le coeur ne se tourne vers autre chose que Dieu, et le meilleur moyen pour cela est la concentration (khuchu'), et quand l'intérieur est concentré, l'extérieur l'est aussi. Quand Said ibn al-Musayyib a vu un homme jouant avec sa barbe au milieu de sa prière, il a dit : « Si son coeur était concentré, ses membres le seraient aussi. »
Inclinaison et Prosternation, une Humilité
Et en ce qui concerne l'inclinaison (ruku') et la prosternation (sujud), il faut s'y rappeler la Grandeur et la Puissance de Dieu et lever les mains pour Lui demander clémence contre Son châtiment en renouvelant son intention et suivant les traces de Son Prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui -. Reconnais-Lui humilité et modestie avec ton inclinaison, fait l'effort d'adoucir ton coeur et de renouveler ta concentration devant Sa Majesté, et ta modestie devant Sa Grandeur. Aides-toi par ta langue en le Lui témoignant, en disant subhana rabbi'l-'adhim. Relève-toi en Le remerciant : rabbana wa lakal-hamd. Baisses-toi pour la prosternation, ce qui illustre vraiment ton humilité et ta servitude, en collant la partie la plus noble de ton corps, le visage, à la chose la plus futile de ce monde, le sol. Et c'est au moment ou tu es au plus bàs que tu es le plus proche de Lui, tu dois alors proclamer Sa Grandeur en disant : subhana rabbil-a'la. A ce sujet, le prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui - a dit : 'le moment ou l'homme est le plus proche de Dieu est celui ou il est en prosternation' (rapporté par Muslim). C'est le sens du verset qui affirme :
" Non! Ne lui obéit pas, mais prosternes-toi et rapproches-toi"
Coran 96/19.
C'est à ce moment-là que la demande est la plus recommandée et l'invocation la plus entendue. Salue en Le remerciant de t'avoir permis Son adoration par Sa faveur (tawfiq), imagine que c'est ta dernière prière : " [...] et fais la prière de celui qui fait ses adieux à ce monde' (rapporté par Ibn Maja et Al Bayhaqi), espère qu'Il te l'accepte, et n'oublie pas que ta prière ne vaudrait jamais les bienfaits dont Dieu t'a comblés, ce qui sucite humilité et reconnaissance'
Yahya ibn Wathâb restait assis longtemps après sa prière, on reconnaissait sur lui la perplexité (hayra) de celle-ci. Ces états (hâl), par lesquels passent les mystiques pendant et après la prière, sont dus à une grande concentration à travers laquelle ils arrivent à une profonde remémoration de Dieu et du Jour du Jugement, ce qui les place dans une totale remise en question à chaque prière.
Elle permet, si elle est observée comme elle se doit, d'accéder à la Proximité par le chemin le plus court. C'est pour cela que quand un compagnon a dit au Prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui - : « Demande à Dieu de me compter parmi ceux pour qui tu vas intercéder et qui vont te tenir compagnie au Paradis. » Le Messager - que la Paix et le Salut soient sur lui - lui a répondu: « Pour cela, aide-moi en faisant beaucoup de prosternations. » rapporté par Mouslim. Et dans un autre hadîth : « À chaque fois qu'un musulman fait une prosternation, elle l'élève d'un degré et lui efface un péché. » rapporté par Mouslim et Ibn Maja.
La prière est principalement accomplie et recommandée par ceux qui sont engagés dans le chemin de l'ascèse (zuhd) voulant parvenir à la stabilité (istiqâma) dans la rectitude. Ainsi, les mystiques ordonnent à leurs disciples d'accomplir un grand nombre de prosternations par jour, qui va en augmentant, afin que leurs corps s'habituent à la dévotion pour arriver à goûter les délices spirituels qu'elle procure. Ceux parmi eux qui se sont affermis en accomplissent plus encore en remerciant Dieu pour la faveur qui leur a été octroyée. Ainsi, Abû Qâsim al-Junayd faisait, chaque jour, quatre cent rak'at dans sa boutique. Le Prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui -, quant à lui, disait : « La prière fait mon délice. » rapporté par Nassa'i.
En effet, la prière est une source de joie pour les fidèles. C'est pour cela que le Prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui -, après avoir vu la Lumière Divine pendant l'ascension nocturne (isrâ' wal mi'râj), ne trouvait le repos que dans la prière par laquelle il ressentait les délices des « retrouvailles » (wajd). Ainsi, pour Lui, chaque moment de prière était une ascension et une nouvelle proximité avec le Majestueux. Aussi, l'heure de la prière venue, il s'opère chez les élus et mystiques un changement profond au point de ne plus les reconnaitre.
Un sheikh disait: « Quatre conditions sont nécessaires à celui qui prie : l'effacement de l'ego (nafs), l'insensibilité à son entourage, la pureté du secret du coeur et la contemplation parfaite... L'effacement de l'ego n'est atteint que par la concentration de la pensée, l'insensibilité à l'entourage par l'affirmation et la contemplation de la Majesté Divine, ce qui implique l'effacement de tout ce qui est autre que Dieu, la pureté du secret du coeur par l'amour, et par Sa contemplation parfaite. »
On rapporte qu'un gnostique avait coutume d'accomplir quatre cents prosternations par jour. On lui demandait pourquoi il prenait tant de peine avec le haut degré dont il jouissait, il répondit : « La peine et le plaisir indiquent vos sentiments, mais ceux dont les désirs sont effacés devant celui de leur Seigneur n'éprouvent aucun effet de plaisir ou de peine. Prenez garde de ne pas appeler maturité ce qui est négligence, et quête de Dieu ce qui est désir pour ce monde. »
Junayd, étant devenu vieux, n'omettait aucun détail des actes surérogatoires qu'il faisait dans sa jeunesse. Quand on le pressait de s'abstenir de quelques-uns de ces actes de dévotion qui étaient au-dessus de ses forces, il répliquait qu'il ne pouvait pas abandonner vers sa fin ce qui avait été le moyen, pour lui, d'acquérir le bonheur spirituel à ses débuts.
Il est bien connu que les anges sont incessamment occupés à l'adoration parce qu'ils sont de nature spirituelle et n'ont pas d'ego (nafs). L'ego, qui englobe les désirs bas et les passions, détourne les hommes de l'obéissance. Et plus l'ego est soumis, plus facile devient l'accomplissement du culte. Quand il est entièrement annihilé, l'adoration devient la nourriture et la boisson du coeur de l'homme, de même qu'elle est la nourriture et la boisson des anges.
On demanda au sheikh Jalâl ad-Dîn Rûmî: « Existet-il un chemin plus court que la prière pour s'approcher de Dieu ? Il répondit: Encore la prière ! Mais la prière n'est pas seulement cette forme extérieure. Ceci est le « corps » de la prière, car la prière formelle comporte un commencement et une fin, et chaque chose qui implique un commencement et une fin est un corps [...]. Mais l'âme de la prière est inconditionnée et infinie, elle n'a ni commencement ni fin. Enfin, ce sont seulement les prophètes qui ont apporté la prière, et le Prophète Muhammad - que la Paix et le Salut soient sur lui - qui nous l'a enseignée, disait qu'il avait des moments avec Dieu que ni un prophète envoyé ni un ange proche de Dieu ne peuvent atteindre. Donc, l'âme de la prière n'est pas seulement sa forme : elle prépare à n'observer que Dieu et à oublier tout ce qui est éphémère, même soi-même. »
Le J eûne, une A scèse
Le jeûne du mois de Ramadhân est l'une des grandes obligations de l'islam. Dieu - Exalté soit-Il - dit:
« Ô les croyants ! On vous a prescrit le jeûne comme on l'a prescrit à ceux d'avant vous,
ainsi atteindrez-vous la piété. »
Coran 2/183
Le jeûne (sawm) occupe une très grande place dans l'éducation comportementale et spirituelle de chaque musulman. En effet, il vaut le quart de la foi tel que le précisent les deux hadîths du Prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui - : « Le jeûne est la moitié de la patience (sabr) » et « la patience est la moitié de la foi. »
C'est ainsi que le jeûne prend une grande importance dans le cheminement spirituel qui tend à parfaire la foi du croyant en lui procurant, à lui seul, un quart de sa foi. C'est une adoration qui, extérieurement, consiste à se priver de manger, de boire et de rapports sexuels avec son conjoint. Mais personne, mis à part Dieu, ne peut savoir si le croyant l'observe véritablement ou non. C'est une responsabilisation personnelle et individuelle de chaque musulman devant son Créateur où personne ne peut intervenir, même pas les anges-témoins puisqu'elle doit être accompagnée d'une intention sincère. Elle est la seule adoration dont on ne connait pas la récompense, c'est Dieu Lui-même qui s'en est chargé. Et quand Dieu récompense directement, Il donne sans limite car Il est le Généreux (al Karîm) . En effet, dans un hadîth qudsî, rapporté par le Prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui - , Dieu dit: « La récompense de chaque bonne action est multipliée par dix, jusqu'à sept cent fois plus, sauf le jeûne ; il est à Moi et c'est Moi Qui en récompense. » Comme le jeûne (sawm) est la moitié de la patience (sabr), sa récompense est alors sans limite :
« [...] Et les endurants auront leur pleine récompense sans compter. »
Coran 39/10
Le premier de ses mérites est qu'il est lui-même un culte par lequel l'homme témoigne sa soumission à Dieu , et rien qu'à ce titre, le jeûne prend place parm i les cinq plus grands piliers de l'islam. Le Messager disait : « Le Paradis a une porte qui s'appelle ar-Rayyan par laquelle n'entrent que les jeûneurs » et « le jeûneur rencontre deux fois le bonheur, une première fois à la rupture de son jeûne, et une deuxième fois à la rencontre de son Seigneur. »
Le mois de Ramadhân, mois de jeûne, est un mois particulièrement propice à l'excellence spirituelle, dans le sens où le jeûne est l'intériorisation d'une privation extérieure qui se fait dans le seul but de satisfaire le Majestueux. Le Prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui - a dit:
« Je jure par Celui qui détient Mon âme que l'haleine du jeûneur a meilleure odeur, auprès de Dieu, que celle du musc. Dieu dit: 'il ne laisse ses désirs, sa nourriture que pour Moi, le jeûne est à Moi et c'est Moi qui en attribue la récompense. ' »
C'est un mois au cours duquel Dieu - Exalté soit-Il - , par Sa faveur, facilite l'adoration aux croyants afin qu'ils s'imprègnent de la piété (taqwâ) le reste de l'année. C'est le sens du verset précédemment cité qui dit :
« Ô les croyants ! On vous a prescrit le jeûne comme on l'a prescrit à ceux d'avant vous,
ainsi atteindrez-vous la piété. »
Coran 2/183
Un autre hadîth affirme:
« Quand le mois de Ramadhân arrive, les portes du Paradis s'ouvrent et les portes de l'Enfer se ferment et les Diables (shayâtîn) sont enchaînés, et une voix appelle: ô celui qui voudrait le bien, approche ! et ô celui qui voudrait le mal, cesse ! »
Ce qui signifie que l'état le plus propice pour faire le bien et s'approcher de Dieu est l'état de jeûne. Dans cet état, le serviteur est éloigné de la tentation. En ce mois saint, les diables étant enchainés, toutes les conditions sont réunies pour combattre son ego (nafs). C'est un combat intérieur très rude qui prépare le croyant à affronter ses ennemis : son ego et Satan.
Dieu a rattaché le jeûne (sawm) à Lui-même et n'a pas divulgué sa récompense aux croyants pour deux raisons :
La première , c'est que le jeûne est l'acte de s'abstenir. En lui-même, il n'est pas un acte exotérique (extérieur). Seul Dieu peut savoir s'il est véritablement observé ou non, alors que le reste des actions obligatoires sont observées en public. Donc, le jeûne (sawm) est un acte intérieur accompli par pure patience (sabr) ;
La seconde , c'est qu'il est un combat contre Satan, qui utilise les désirs et les instincts comme moyens de tentation. C'est pour cela que le Prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui - a dit: « Satan (le Diable) court dans les veines de l'homme, rétrécissez-lui les passages par la faim. »
Tant que le coeur n'a pas triomphé de Satan et que ce coeur reste l'assise des désirs et des passions, les Diables n'auront de cesse de l'assaillir et de l'assiéger. Le coeur ne peut donc, dans cet état, ressentir la Grandeur Divine (al-jalâl) et reste voilé à son Seigneur. Le Prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui - a dit: « Si les Diables ne convoitaient pas les coeurs des humains, ces derniers auraient vu le Royaume des cieux. »
À partir de là, le jeûne occupe une place fondamentale comme moyen d'acquérir une grande spiritualité au point de voir le voile se lever sur le Royaume des cieux (al-Malakut). C'est la station (maqâm) de la contemplation (al-muchâhada).
Les Secrets du Jeûne
La pratique du jeûne est un mystère qui n'est rattaché à rien d'extérieur, un mystère auquel nul autre que Dieu Le Très-Haut ne participe, même pas les anges-témoins qui ne peuvent écrire Sa récompense. Il a été rapporté que les hommes entrent au Paradis grâce à la miséricorde divine, et que là, leurs rangs dépendent de leurs dévotions. Et puisque la récompense du jeûne est infinie, celui qui recherche les plus hauts degrés du Paradis devrait l'observer.
Junayd disait : « Le jeûne est la moitié de la foi. » Le jeûne désigné dans cette parole est la faim. Elle est le moyen de s'élever spirituellement et de nourrir son âme, car plus le corps a faim et plus l'âme est nourrie : c'est une angélisation de l'être humain dans le sens où l'on cherche à ressembler aux anges, dans la limite des possibilités humaines.
L'homme ne peut s'élever spirituellement que s'il se détache de ce monde et de tout ce qui s'y rattache. La dimension spirituelle de l'homme, l'âme (ar-rûh) a besoin de se nourrir par l'adoration , et de s'épanouir en réduisant les effets des désirs et plaisirs charnels : c'est l'état de l'ascèse (zuhd). Pour y parvenir en empruntant le plus court chemin, le meilleur moyen est la faim du jeûne. C'est une épreuve par laquelle le Musulman montre son amour pour l'Éternel, et que rien ne peut le détourner de Lui. Dieu (magnifié soit Son Nom) dit :
« Très certainement, Nous vous éprouverons par un peu de peur, de faim et de diminution de biens, de personnes et de fruits. Et fais la bonne annonce aux endurants. » (Sourate 2, verset 155)
Ils ont mérité la bonne nouvelle quand ils ont enduré et patienté au moment de ces épreuves, dont la faim fait partie. Le Prophète mangeait très peu et passait, parfois, deux mois sans que le feu ne soit allumé dans sa maison .
Un jour, 'Umar ibn al-Khattâb sortit de nuit, il rencontra Abû Bakr -as-Siddiq qui lui demanda ce qu'il faisait là, à cette heure de la nuit. 'Umar lui répondit que c'était à cause de la faim et qu'il avait noué autour de son ventre une pierre pour en diminuer la douleur. Abû Bakr lui répondit qu'il était sorti pour la même raison et qu'il avait noué, lui aussi une pierre autour de son ventre. Alors qu'ils marchaient ensemble, ils rencontraient le Prophète alors qu'il avait noué autour de son ventre deux pierres.
Le jeûne implique plusieurs obligations :
- Ne pas manger et s'abstenir de rapports sexuels licites durant la journée ;
- Préserver sa vue de regards pleins de désirs, et pour l'ouïe ;
- Se préserver d'écouter la mécréance (kufr) ou la médisance (ghayba) ;
- Tenir sa langue afin qu'elle ne profère pas de paroles interdites vaines ou mauvaises, et garder son corps afin qu'il ne cherche pas à assouvir ses désirs et à transgresser les ordres divins.
Celui qui se comporte de cette manière observe véritablement son jeûne, car les effets immédiats du jeûne sont contenus dans la stricte observance de toutes ces règles, sinon il n'a pas de raison d'être.
Le Messager a dit :
« Plus d'un retire de son Jeûne que la faim et la soif » .
Et dans un autre hadith :
« Celui qui ne s'abstient pas de mentir et d'agir en pur mensonge,
Dieu n'a que faire de son renoncement à son manger et à son boire. »
Aussi :
« [... ] "Le jeûne est un bouclier (contre l'Enfer). Quand l'un de vous jeûne, qu'il s'abstienne de dire des obscénités et d'élever la voix. Si quelqu'un l'insulte ou le provoque au combat, qu'il se contente de dire : « Je suis en état de jeûne. »
Sahl Tustarî disait : « Quand Dieu a créé le monde d'ici-bas, Il a mis dans l'excès de la nourriture, la désobéissance et l'ignorance, et Il a mis dans la faim, la science ('ilm) et la sagesse (hikma). »
Abû Sulaymân Dârânî disait : « La clé d'ici-bas est l'excès dans la nourriture et la clé de l'au-delà est la faim. »
AI Hujwîrî disait : « La faim aiguise l'intelligence et améliore l'esprit et la santé. » On rapporte une parole qui dit : « Rendez vos ventres affamés et vos corps assoiffés et éprouvés pour que, peut-être, vos cœurs puissent contempler la Grandeur de Dieu en ce monde. »
Dans son œuvre La revivification des Sciences Religieuses, l'Imam Ghazâlî nous dit :
« Sache que le jeûne est de trois degrés : le jeûne des communs des musulmans,
le jeûne des élus, le jeûne de l'élite des élus de Dieu. »
Le jeûne des communs des musulmans consiste à s'abstenir d'assouvir ses instincts sexuels et de s'abstenir de manger et de boire. Le jeûne des élus de Dieu Le Très-Haut consiste, en plus des abstentions précédentes, à préserver l'ouïe, la vue, la langue, les membres et tous les sens de tout ce qui est interdit. Le jeûne de l'élite des élus est le jeûne du cœur, il consiste à le préserver de toute idée basse et de tout ce qui le détourne de Dieu Le Très-Haut et de son rappel (dhikr).
En ce qui concerne le jeûne des élus, qui est celui des mystiques, il s'acquiert par six conditions :
- La première est de préserver la vue de tout ce qui est interdit et de toute vision qui fait oublier Dieu Le Très-Haut. Le Prophète a dit : « La vision interdite est une flèche du Diable, celui qui s'en garde par crainte de Dieu, Dieu lui donne en échange une foi dont il trouve la douceur dans son cœur. »
- La deuxième est de s'abstenir de parler de choses futiles, de paroles basses et ostentatoires, de la polémique (al-mira), de la médisance (al-ghayba) et du mensonge (al-kadhib) ; obliger la langue à se taire (si ce n'est pour des adorations), s'occuper du rappel et de la lecture du Coran.
Sufyân Thawrî disait : « La médisance gâche et annule le jeûne. »
Mujâhid disait : « Deux choses gâchent et annulent le jeûne : la médisance et le mensonge. »
La preuve est dans le verset qui dit :
« [... ] Et ne médisez pas les uns des autres. L'un de vous aimerait-il manger la chair de son frère mort ? Non ! vous en aurez horreur. Et craignez Dieu, car Dieu est Grand Accueillant au repentir, Très Miséricordieux. » (Sourate 49, verset 12)
- La troisième est de préserver l'ouïe car Dieu Le Très-Haut, parlant des hypocrites dans le Coran, dit : « Ils sont attentifs au mensonge et voraces de gains illicites [... ] » (sourate 5, verset 42)
Ceux qui profèrent des paroles illicites et ceux qui les écoutent sont sur le même pied d'égalité. Le jeûne de l'ouïe, comporte le fait de ne pas écouter la mécréance, Dieu Le Très-Haut dit à ce sujet :
« Dans le Livre (le Coran), Il vous a déjà révélé ceci : lorsque vous entendez qu'on renie les versets de Dieu et qu'on s'en raille, ne vous asseyez point avec ceux-là jusqu'à ce qu'ils entreprennent une autre conversation. Sinon, vous serez comme eux. Dieu rassemblera, certes, les hypocrites et les mécréants, tous dans l'Enfer. » (Sourate 4, verset 140)
- La quatrième consiste à préserver les membres , mains et pieds, de tout péché, et à se garder de toute nourriture douteuse ou illicite . Il n'est pas pensable de s'abstenir de ce qui est licite pour jeûner et de rompre ce jeûne par ce qui est illicite.
- La cinquième ; au moment de la rupture du jeûne, le croyant ne doit pas manger excessivement, sinon il perd l'effet du jeûne de sa journée. Comme on l'a dit, le but du jeûne est de maîtriser ses désirs et ses instincts pour les minimiser au maximum afin de se fortifier spirituellement : « [... ] Ainsi atteindrez-vous la piété. »
Le secret du jeûne consiste à affaiblir les forces des désirs , instincts et passions qui sont les armes redoutables du Diable jusqu'à ce que l'ego (nafs) soit maîtrisé. Ceci n'est possible que si, à la rupture du jeûne, le musulman ne prend que le même repas consommé avant le jeûne, sans récupérer tous les repas de la journée.
Mâlik ibn Dînâr a dit : « Celui qui a vaincu les désirs de ce bas monde ; celui-là, Satan a peur de son ombre. » On a dit à un croyant : « Tu ne désires rien ? » Il a répondu : « Je désire rien désirer. »
Aussi, il est préférable qu'il ne cherche pas à éviter de ressentir la faim , pendant la journée, en dormant exagérément. Car il ne sentira son cœur pur que s'il éprouve la faim et la soif au point de faire ses prières de nuit et son dhikr aisément jusqu'à ce que le Diable ne convoite plus son cœur et qu'il puisse contempler le Royaume des cieux.
Pendant le Ramadhân, la nuit du destin (laylatulqadr) est, en quelque sorte, l'accomplissement de tout cela :
« La nuit d'al-Qadr est meilleure que mille mois. Durant celle-ci, descendent les Anges ainsi que l'Esprit, par permission de leur Seigneur pour tout ordre. Elle est paix et salut jusqu'à l'apparition de l'aube. » (Sourate 97, versets3-5)
- La sixième est que ton coeur soit suspendu entre l'espoir (rajâ') et la crainte (khawf) ; l'espoir que ton jeûne soit accepté par Dieu Le Très-Haut et d'être parmi les gens de la Proximité, et la crainte de le voir refusé et d'être parmi ceux que Dieu Le Très-Haut a repoussés. Ce sentiment doit d'ailleurs accompagner toute adoration.
Abû Umâma a dit : « Je suis venu voir le Prophète et je Lui ai demandé : « Ô Messager de Dieu ! Ordonne-moi un acte qui me fasse entrer au Paradis. Il a dit : « Observe le jeûne, il n'a pas d'égal » Et je suis revenu lui demander une deuxième fois, Il m'a dit : « Observe le jeûne, il n'a pas d'égal »
On a dit à Ahnaf ibn Qays : « Tu es vieux et le jeûne t'affaiblit. » Il a répondu : « Je le fais pour un long voyage. Endurer l'adoration est moins dur que d'endurer Son châtiment. »
Yahyâ ibn Mu'âdh disait : « La faim est une lumière, et le rassasiement est un feu, et les désirs sont les bûches qui s'enflamment et qui ne s'éteignent qu'en brûlant celui qui s'en accommode. »
Le Pèlerinage, une Absolution
Il est des moments, plus que d'autres, où Dieu Se manifeste par Sa Miséricorde (rahma) et Son Pardon (maghfira). Chaque jour, lors du dernier tiers de la nuit, chaque semaine, pendant le jour du Vendredi, chaque année, pendant le mois de Ramadhân et, dans la vie du musulman, une fois pendant le pèlerinage (al-hajj).
Le pèlerinage est l'une des grandes manifestations d'adoration vouée à l'Eternel. Il fait partie des cinq piliers de l'islam et est la consécration de l'adoration de toute une vie. C'est avec sa prescription que Dieu a parfait la religion et le culte en islam, car c'est pendant le pèlerinage du Prophète que Dieu a révélé le verset qui annonce :
«[... ] Aujourd'hui, J'ai parachevé pour vous votre religion, et accompli sur vous Ma Providence,
et J'agrée l'islam comme religion pour vous » Coran 5/3
Le pèlerinage est pour chaque musulman, ayant atteint l'âge adulte, jouissant de toutes ses facultés mentales et physiques, une obligation, à condition bien entendu, qu'il en ait matériellement les moyens :
«[...] Et c'est un devoir envers Dieu pour les gens d'aller faire le pèlerinage de la Maison (sacrée), ceux qui en ont les moyens. Quant à ceux qui renient, Dieu se passe largement des créatures. » Coran 3/97
C'est la réponse à l'appel lancé par le Prophète Ibrahim - que la Paix et le Salut soient sur lui - , quand Dieu lui a demandé d'appeler les gens au pèlerinage, du sommet du mont Abû Khabîq, après qu'Il ait construit la Maison sacrée (al-baytul-harâm). Dieu - Exalté soit-Il - dit:
« Et appelle les gens au pèlerinage, ils viendront à toi en marchant; et sur toute monture, viendront de tous les lieux, aussi loin qu'ils soient » Coran 22/27
Le pèlerinage est l'adoration absolutoire par excellence. En effet, pendant le pèlerinage, Dieu absout le pèlerin de tous ses péchés précédents. Le Prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui - a dit: « Celui qui fait le pèlerinage sans commettre ni immoralité ni dévergondage, retourne (chez lui) aussi pur que le jour où sa mère l'a mis au monde. »
Puisque s'abstenir de commettre le péché est une condition sine qua non pour que le pèlerinage soit juste et accepté par Dieu, cette adoration prend l'ampleur d'une manifestation de la soumission totale et complète à la Grandeur Divine. C'est pour cela d'ailleurs que le pardon total lui est lié. Le Prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui - a dit: « Le petit pèlerinage ('umra) efface les péchés commis jusqu'à la 'umra suivante, et le pèlerin pur de tout péché n'a d'autre récompense que le Paradis. »
Pour bénéficier de ces mérites, le croyant est tenu au respect d'un certain nombre de règles tout en essayant de comprendre le sens spirituel de cette adoration. Dans un hadîth, le Prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui - a dit : « Les pèlerins et ceux qui accomplissent la 'Umra sont des hôtes de Dieu, s'ils Lui demandent, Il exauce leurs demandes ; et s'ils Lui demandent le pardon, Il leur pardonne. »
Pour mériter cette grâce divine par le pèlerinage, l'imam Ghazâli a émis quelques conditions :
- La première est que les moyens qui ont permis le financement du pèlerinage soient d'origine licite, car Dieu est pur et n'accepte que le pur. Le Prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui - a dit: « Certes Dieu, le Très-Haut, est pur et n'accepte que ce qui est pur. » Dans la fin de ce même hadîth, le Prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui - parle de celui qui entreprend de longs voyages pour l'adoration de Dieu, dans un état de fatigue et de souffrance avec des cheveux longs et poussiéreux, tendant ses mains vers le ciel, disant: « Ô Seigneur! Ô Seigneur! » , faisant allusion à sa demande (du'â), et cependant, il se nourrit et s'abreuve par des moyens illicites ; « Comment donc pourrait-il être exaucé ? » , a ajouté le Prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui -
- La deuxième est d'être heureux d'utiliser son argent dans l'adoration du Majestueux, d'en faire profiter les pauvres et de ne pas l'utiliser dans le superflu.
- La troisième est de se garder de dire ou de parler de choses interdites ou de polémiquer. Dieu (Exalté soit-Il) dit:
« Le pèlerinage a lieu dans des mois connus. Si l'on décide de l'accomplir, alors point de rapports sexuels, point de perversité, point de dispute pendant le pèlerinage. Et le bien que vous faites, Dieu le sait. Et approvisionnez-vous ; mais vraiment, la meilleure provision est la piété. Et redoutez-Moi, ô doués d'intelligence! » Coran 2/197
- La quatrième est de chercher la discrétion puisque le pèlerinage est observé pour l'Eternel qui est Savant et Omniscient. L'indiscrétion de l'acte peut entrainer l'ostentation (riyâ) et l'orgueil (kibr) qui rendent toute action vaine et nulle aux yeux de Dieu. Et pour cela, il faut éviter toute apparence provoquante vis-à-vis des autres. Faut-il encore que les actes du pèlerinage soient faits dans la soumission totale à l'Omnipotent, entre la crainte de Son refus et l'espoir de Son agrément.
Le Pèlerinage, un Voyage loin de soi
Le pèlerinage est le voyage loin des attributs attachant à la terre en quête d'attributs élevant au ciel. C'est le voyage vers la station (maqâm) du Prophète Ibrahim - que la Paix et le Salut soient sur lui -
« Celui qui recherche la station corporelle doit renoncer à tous désirs et plaisirs et revêtir les habits du pèlerin (al-ihrâm), c'est-à-dire s'envelopper dans deux tissus qui rappellent le linceul, avoir un strict contrôle à l'égard de ses sens, être présent à 'Arafât et de là, se rendre à Muzdalifa et à Mach'ar-al-harâm, ramasser des pierres, passer à Minâ et y rester trois jours pour y jeter les pierres de la manière prescrite, et circambuler autour de la Ka'ba puis se couper les cheveux et accomplir le sacrifice, enfin remettre ses vêtements ordinaires.
Mais celui qui recherche la station spirituelle doit renoncer aux attributs attachant à la vie d'ici-bas, se détourner des plaisirs et n'avoir de pensées que pour Dieu. Il doit aussi se tenir sur la station d'Arafât de la ma'rifal (connaissance spirituelle et mystique) ; et de là, se rendre à Muzdalifa de la Proximité (al-qurb) ; et de là circambuler autour de la Présence de la Perfection Divine (Hadratul-kamâl ar-rabbânî) ; jeter au loin les pierres des passions et des pensées corrompues dans la Minâ de la foi ; sacrifier son ego (nafs) sur l'autel de la mortification des désirs ; atteindre la station de l'intimité (maqâm al-khulla) après la station de l'amour (maqâm al-hubb). Entrer dans la station corporelle vous protège des ennemis, mais entrer dans la station spirituelle vous épargne la séparation d'avec Dieu et ses conséquences ” :
“ Là sont des signes évidents parmi lesquels la station d'Abraham
et quiconque y entre est en sécurité [... ] ”
Coran 3/97
Le pèlerinage est un voyage loin de nous-mêmes, loin de nos désirs et de nos passions. Un homme demanda à un mystique : “ Accepte ma compagnie pour que je puisse arriver au Seigneur. ” Le saint lui répondit : “ Alors, quitte ton ego et suis-moi. ”
Le pèlerinage n'est pas un but en lui-même, c'est un moyen parmi les plus efficaces pour cheminer vers Dieu, et dont le but premier est de provoquer chez le pèlerin l'envie de se détacher de l'éphémère, y compris ses propres désirs et passions, et emplir son coeur du souvenir du Majestueux - Exalté soit-Il - dans le désir (shawq) d'arriver à Sa Proximité.
Etre au sein de la Ka'ba en étant loin du Miséricordieux n'est pas mieux que d'être loin de la Ka'ba et de Dieu. Mais ce qui est précieux, véritablement, ce n'est pas la Ka'ba, mais la contemplation et la remémoration de la Présence divine. Un mystique disait: “ Le lieu le plus sombre du monde est la maison du Bien-Aimé sans le Bien-Aimé. ”
Abû Yazîd al-Bistârnî disait: “ Ô mon premier pèlerinage, je vis seulement la Ka'ba. La seconde fois, j'ai vu à la fois le sanctuaire (Ka'ba) et le Seigneur du sanctuaire et la troisième fois, j'ai vu le Seigneur Seul. ”
Le sanctuaire est visible quand on utilise les sens et attributs éphémères humains. Le Seigneur du sanctuaire n'est ressenti que si l'on se détache de l'éphémère et que l'on contemple avec l'âme, outil spirituel seul capable d'explorer au-delà du matériel. Mais il nous faut reconnaitre que chaque cause (sabab) dépend de l'auteur des causes (musabbib), quel que soit l'endroit caché d'où peuvent se manifester la grâce et la providence divine et où le désir du chercheur peut être satisfait.
Le but des mystiques, en traversant les lieux, n'est pas le sanctuaire lui-même, car pour un amoureux de Dieu, il n'est pas admissible de regarder Son sanctuaire et avoir le coeur détourné de Lui. Non, leur but est un effort pour assouvir leur soif de Dieu, insatiable, et une Proximité dans un amour éternel.
Ghazâlî détaille le sens des étapes du pèlerinage en disant :
“ Sache que le début du pèlerinage est la compréhension de son sens et de sa place dans le culte de l'islam, puis en avoir la nostalgie, écarter tout obstacle qui retient de l'accomplir et ensuite s'approvisionner du nécessaire et enfin partir. En arrivant, il faut mettre l'habit de l'ihrâm à l'endroit demandé (mîqât) et dire la formule en réponse à l'appel de Dieu, arriver à la Mecque et faire les actes demandés. Dans toutes ces étapes, il y a des symboles et des signes à comprendre et des leçons profondes à tirer : en ce qui concerne la compréhension, sache qu'on ne peut arriver à Dieu qu'en abandonnant les désirs et les plaisirs, en se contentant du strict nécessaire et en purifiant continuellement l'intention.
Le pèlerinage est le pilier de l'islam où la soumission du croyant est mise à l'épreuve, c'est pour cela que Dieu y a prescrit des actes dont la raison ne peut pas toujours cerner le sens et comprendre la sagesse. C'est par des actes de ce genre que nous témoignons de notre parfaite et totale soumission. Le sens de la prière, de la zakât et du jeûne sont quasi connus. Mais, dans le pèlerinage, le sens de tous les actes n'est pas forcément connu. C'est pour cela que le Prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui -, en commençant le pèlerinage, disait: "Ô Dieu ! Me voilà en pèlerinage, en serviteur et en esclave. "
Pour ce qui est de la nostalgie, elle est le résultat de la compréhension qui consiste à savoir que le sanctuaire est la Maison sacrée (baytu-llah al-harâm), et que celui qui voyage vers Sa Maison, voyage spirituellement vers Lui. Celui qui visite la Maison sacrée, comme il se doit, mérite de visiter et contempler la Face de Dieu dans la demeure éternelle, le Pa